Les écochèques, un cadeau empoisonné

L’écochèque fait son retour dans l’actualité. Le gouvernement a voulu supprimer cette rémunération extralégale, mais les partenaires sociaux et les émetteurs des écochèques ont tout mis en œuvre pour la maintenir en vie. Comme les choses se présentent aujourd’hui, le lobbying des partenaires sociaux et des émetteurs l’a emporté. On peut difficilement trouver une meilleure preuve que notre gouvernement fédéral n’est pas capable de tenir ses engagements. Car, pas moins que le travailleur lambda, la plupart des commerçants n’ont jamais rien attendu de ces écochèques, qui n’engendrent que des tracas et des coûts. Et pour les magasins en ligne spécialisés, les écochèques dits ‘électroniques’ sont tout simplement un cauchemar.


En soi, les écochèques étaient une brillante idée. Les travailleurs recevaient une petite part de revenu exonérée d’impôts, et étaient en même temps encouragés à consacrer ce salaire supplémentaire à des produits écologiques. Mais c’est là que les choses ont mal tourné : les gens qui n’ont pas un mode de vie écologique trouvent rarement des produits qui leur conviennent et ne mettent pas les chèques à profit (ou achetaient avec ces chèques, dans des magasins d’électroménager, des appareils qui consomment tout de même beaucoup d’énergie). Ceux qui veulent vivre de façon écologique se trouvent confrontés à un autre problème : les ustensiles et appareils écologiques sont souvent proposés par le biais de magasins en ligne spécialisés, ce qui vous contraint à devoir d’abord envoyer les écochèques par courrier recommandé.


A cet égard, les écochèques électroniques introduits l’année passée semblaient être une bénédiction. Seulement voilà : de manière assez incroyable, il n’est pas possible de payer en ligne avec ce moyen de paiement ‘électronique’. Deux parties sont à blâmer : le législateur et l’émetteur. En effet, le législateur a omis de définir le cadre dans lequel les émetteurs doivent permettre l’utilisation de leurs écochèques électroniques. Venant d’un ministre qui entend stimuler l’économie numérique, nous étions en droit d’attendre qu’il fasse son devoir numérique, mais non. Les émetteurs d’écochèques ont avant tout veillé à adapter leurs cartes pour les terminaux de paiement traditionnels, ce qui a pris beaucoup de temps en 2016. Ce n’est qu’à la fin de l’année dernière que Sodexo, Edenred et Monizze ont entamé le travail d’étude autour des paiements en ligne. Ces paiements en ligne semblent être un problème très complexe et jusqu’à présent, le consommateur ne peut utiliser ses chèques Edenred qu’auprès d’une poignée de commerces. Chez Sodexo et Monizze, une solution n’est attendue que pour le deuxième semestre.


Pour compliquer encore le tout, chaque émetteur invente son propre système de paiement. Pour un magasin en ligne qui veut accepter les chèques des trois émetteurs, cela signifie donc trois investissements distincts. Des investissements qui coûtent cher de surcroît, car les systèmes de paiement sont complexes en raison de toute la sécurité qu’ils exigent. Le législateur aurait pu obliger ou encourager les émetteurs à collaborer et à développer un seul système. Comme le font les banques avec Bancontact. Imaginons que chaque banque aurait son propre système, et que le commerçant soit obligé d’installer un terminal de paiement différent pour chaque banque et de le relier à son système de caisse. Avec ce genre de situation kafkaïenne, le législateur et l’émetteur enferment en quelque sorte le commerçant en ligne. Pour vous donner une idée des coûts : outre un coût de départ de 250 euros, Edenred facture encore chaque année aux magasins en ligne un montant supplémentaire de 300 euros en ‘frais de dossier’, plus quatre pour cent de frais sur les transactions. Si les trois émetteurs facturent de cette manière l’emploi de leurs systèmes spécifiques aux magasins en ligne, l’acceptation des paiements par chèques électroniques devient un privilège très coûteux.


Nous le répétons, l’écochèque était une brillante idée. Malheureusement, une idée ne représente en tant que telle que 10% du travail nécessaire pour garantir la réussite d’un projet. Le législateur et les émetteurs ont fait un véritable gâchis des 90% restants. C’est pourquoi l’écochèque en général et l’écochèque électronique en particulier sont un cadeau empoisonné tant pour le consommateur que pour le commerçant. En l’occurrence, le monde politique a joué aux apprentis sorciers, a fait entièrement échouer une expérience a priori intéressante et ne parvient pas à remédier à ses erreurs. La moindre des choses qu’il puisse faire aujourd’hui est d’obliger les émetteurs à mettre sur pied une plateforme commune pour les paiements en ligne.

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